Réelle et virtuelle : une exposition où tout est à sa place et où il ne manque rien






















Cette exposition regroupe huit sculptures ou installations que j’ai réalisées au cours des trois dernières années et qui sont disposées de manière à former un seul et même environnement. L’idée derrière cet enchevêtrement de propositions est d’augmenter le nombre de concordances visuelles entre des pièces qui découlent toutes d’une même méthode de création. Pour chaque proposition incluse dans ce système, il est toujours question de rétablir l’intégrité physique d’un objet positionné dans une situation problématique où il devient incomplet. Le modus operandi consiste à lui associer une partie virtuelle issue des médiums numériques présentée sous forme d’image en guise de « réparation ».
En combinant les deux points de vue, ce qui devrait être la « réalité » ou l’intégrité normale de l’objet est donc rétabli de manière volontairement bancale puisque cette volonté de reformuler le segment d’une chose en la substituant est clairement utopique. Puis, comme cela est fait dans un esprit bien personnel, sans réellement prendre en compte la notion de rectifier quoi que ce soit, ce processus de réparation a plutôt un effet délétère sur la vérité. Comme une sorte de béquille qui aide et nuit simultanément, l’image issue d’une technologie numérique qui accompagne les objets résout bel et bien un problème visuel par sa complémentarité de forme, mais celle-ci les transforme aussi de manière significative.
Mon intention derrière cette démarche vouée à l’échec est donc de mettre en scène ma propre vulnérabilité pour faire écho à l’égocentrisme associé à l’ère du numérique. Dans cette optique, mon image sous forme d’autoportrait revient souvent et des situations évoquent des souvenirs d’enfance qui se perdent peu à peu. Ainsi, ma perception et ma sensibilité sont au premier plan et outrepassent la logique du système que j’ai moi-même mis en place. À l’image d’un contexte social où les opinions ont de plus en plus préséance sur les faits, les œuvres de cette exposition se sont matérialisées à partir d’un problème que j’ai moi-même mis en place, accompagné d’un processus de réparation, tout à fait subjectif, qui relève davantage du plaisir de créer que de retrouver une fonctionnalité. Il n’est donc pas question de trouver la meilleure solution plastique aux multiples problèmes de déséquilibre, de bris, de divergence et de maladresse que l’on peut constater dans les objets exposés, mais bien de profiter d’une faiblesse dûment induite dans cet ensemble pour falsifier la réalité et la rendre comme je veux. À cet égard, je positionne le geste du sculpteur comme un mensonge visuel qui a la faculté d’amener chaque proposition dans un entre-deux. Les œuvres sont complètes. Tout est là, tout est bien à sa place, il ne manque rien, mais pas nécessairement comme on s’y attendrait. Puis, il y a l’aspect, réel, l’aspect virtuel et tout ce qui se trouve entre les deux.