La 4e dimension
Exposition en duo avec Véronique Lépoine à l’été 2026 à la Galerie YL-S
La sculpture est un art que l’on associe naturellement à l’espace, à la matière et à la tridimensionnalité. Pourtant, son point de départ réside souvent dans une image. Avant de modeler une forme, l’artiste la dessine, l’esquisse, la projette. Les plans et dessins techniques qui précèdent toute réalisation publique témoignent de cette étape essentielle où le volume n’existe encore qu’en deux dimensions, dans l’imaginaire, sur le papier ou sur un écran. En ce sens, la première action sculpturale consiste peut-être à visualiser une forme avant même de la façonner. Puis, lors de la création d’une ronde-bosse, certaines méthodes exigent de reporter le dessin souhaité sur chaque face d’un bloc de matière. Ainsi, la forme se déploie peu à peu à partir d’une série d’images planes, jusqu’à prendre corps. Ce passage progressif de la surface à la profondeur révèle une idée centrale : la sculpture naît souvent du dessin, et la tridimensionnalité n’est jamais bien loin de la bi dimensionnalité.
C’est à partir de cette tension, cette interdépendance entre image et volume, que s’articule l’exposition La quatrième dimension présentée à la Galerie Yves-Louis-Seize. Nous proposons d’explorer la zone de friction entre la deuxième et la troisième dimension, cet espace de transformation où l’objet devient image et l’image prend corps.
Dans cette mise en scène, les notions de picturalité et de tridimensionnalité se confondent, s’étirent et se redéfinissent. L’objet peut apparaître plat, tandis que l’image semble gagner en épaisseur. Le travail de Guillaume La Brie, centré sur la relation entre l’objet et l’espace, dialogue ici avec les installations de Véronique Lépine, où peintures, dessins, céramiques et sculptures de verre se répondent dans un jeu d’échos et de correspondances.
On retrouve, dans ce parcours, des œuvres de Guillaume La Brie issues de formes modélisées autant que d’impressions d’objets numériques sur des surfaces planes. Ces œuvres ramènent le volume à une perspective aplatie, parfois même dans l’anamorphose, et condense la forme dans son image jusqu’à réduire la tridimensionnalité à une illusion de profondeur.
Face à cette compression de l’espace, le travail de Véronique Lépine opère un renversement. Dans ses installations, l’espace d’exposition devient le support même de la composition, comme une toile ouverte dans laquelle les objets colorés, fragiles, vibrants, deviennent les motifs d’une picturalité en trois dimensions. Elle conçoit le lieu comme un canevas, où le regard se déplace, tissant un lien entre matière et lumière, volume et couleur.
Ainsi, la planéité qui contient la forme dans les œuvres de La Brie trouve son miroir dans la picturalité spatiale de Lépine. Ensemble, leurs démarches suggèrent l’existence d’un état intermédiaire entre image et volume — un territoire incertain que l’on pourrait appeler la quatrième dimension. Là où une image tend à devenir forme, et où la forme, à son tour, se transforme en image.